
Weekly Update - Zone euro : l’industrie et les services ne vivent pas la même crise, pour l’instant
La forte hausse des prix de l’énergie, dans le contexte de la poursuite du blocage du détroit d’Ormuz, a déjà un effet sur les données d’activité de la zone euro au T2 26, mais avec des impacts différenciés selon les secteurs. En effet, si, comme attendu, les prix des biens ont augmenté, les données d’activité industrielle demeurent résilientes, portées par le restockage et les plans de relance. Dans le secteur des services, pourtant moins directement exposé à la crise énergétique, les hausses de prix restent contenues, tandis que les données d’activité montrent un ralentissement plus marqué. La BCE devrait augmenter son taux directeur au mois de juin face aux risques inflationnistes mais rester attentive aux risques sur la croissance.
Des pressions inflationnistes qui se poursuivront en zone euro.
Dans un contexte où les principales économies mettent en œuvre un nombre croissant de mesures protectionnistes et renforcent leurs politiques industrielles, le commerce international fait preuve d’une grande résilience. Après une progression de 4 % en volume en 2025, il poursuit sur cette lancée avec une croissance de 8 % au mois de février, atteignant ainsi un niveau historique. D’un point de vue géographique, cette bonne tenue reflète le dynamisme des exportations asiatiques : celles de la Chine ont augmenté de 30 % depuis 2025, contre 24 % pour les économies développées d’Asie (Corée, Taïwan) et 16 % pour les économies émergentes d’Asie (ASEAN). À titre de comparaison, les exportations américaines ont progressé de 15 % sur la même période, tandis que celles de la zone euro reculent de 2 %.
Le dynamisme des exportations asiatiques, reflet de l’essor de l’IA.
Les données d’enquêtes du T2 26 commencent à mettre en évidence les effets de la crise énergétique liée à la prolongation du blocage du détroit d’Ormuz. L’effet le plus visible à ce stade est l’accélération de l’inflation, à 3 % au mois d’avril pour l’inflation totale en zone euro et à 2,22 % pour l’inflation sous jacente. Les enquêtes du mois de mai indiquent que les pressions inflationnistes devraient se poursuivre au cours des prochains mois. En effet, les anticipations de hausse des prix dans le secteur industriel ont continué de progresser, atteignant leur plus haut niveau depuis 2022, reflet de la hausse des prix de l’énergie mais aussi des perturbations croissantes des chaînes de valeur. Dans le secteur des services, les enquêtes montrent que les anticipations d’inflation augmentent seulement de façon modérée au mois de mai. Au total, cela resterait cohérent avec une inflation des services proche de 3%, son niveau depuis la crise du Covid.
Une activité industrielle qui résiste et une activité des services qui pâtit.
À l’instar des anticipations d’inflation, les données d’enquête d’activité du mois de mai mettent en évidence une divergence entre l’industrie et les services. En effet, bien que placé en première ligne face au choc énergétique, le secteur industriel affiche des résultats d’enquête suggérant une activité toujours résiliente. La composante d’activité constatée continue de progresser, en parallèle de la sous composante des nouvelles commandes, reflétant notamment le processus de restockage des entreprises qui anticipent d’éventuelles pénuries ou une hausse future des prix de l’énergie, dans un contexte de conflit prolongé au Moyen Orient. La résilience du secteur industriel s’explique également par les plans de relance européens, particulièrement axés sur les infrastructures et la défense. À l’inverse, le secteur des services montre davantage de fragilité depuis le début du conflit, avec des enquêtes qui suggèrent un ralentissement de l’activité au cours des derniers mois, accompagné de perspectives également dégradées. Ce ralentissement illustre une consommation européenne qui demeure atone dans les principales économies, alors que la crise énergétique érode le pouvoir d’achat des ménages.
Lire l'intégralité de l'article




