
Weekly Update - L’or a-t-il perdu son éclat de valeur refuge ?
Le cours de l’or a atteint des niveaux historiquement élevés en début d’année avant de connaître une correction marquée dans un contexte de remontée des taux réels et de raffermissement du dollar, notamment à la suite des tensions géopolitiques récentes. Cette évolution peut surprendre au regard de son statut traditionnel de valeur refuge. Elle reflète toutefois moins une remise en cause de ses fondamentaux qu’un ajustement de court terme lié aux conditions financières. Derrière cette volatilité se dessine une transformation plus profonde du marché de l’or : alors que l’offre reste peu sensible aux variations de prix, en raison d’un stock physique limité, la demande est progressivement tirée par les flux liés à des facteurs à la fois conjoncturels et structurels. À long terme, ces déterminants devraient continuer de soutenir la résilience du métal jaune.
L’or s’affirme comme un actif stratégique dans la gestion des réserves des banques centrales. Depuis 2022, les achats officiels ont fortement augmenté, en particulier dans les économies émergentes, dans un contexte de recomposition géopolitique. Ce mouvement traduit une volonté de diversification des réserves, notamment face aux devises susceptibles de faire l’objet de sanctions. À cet égard, l’or présente une caractéristique particulière : il constitue un actif sans risque de contrepartie, mobilisable indépendamment des systèmes financiers internationaux. Il apparaît en outre très liquide, ce qui lui confère un rôle potentiel en situation de tension. Certains pays comme la Russie, l’Inde et la Turquie ont ainsi récemment ajusté leurs réserves pour soutenir leurs devises, illustrant sa capacité de mobilisation en cas de pressions sur leurs balances des paiements.
Un rôle de valeur refuge plus nuancé à court terme. Dans les phases de tensions, son comportement dépend étroitement de l’environnement macro-financier. La remontée récente des taux d’intérêt réels a ainsi accru le coût d’opportunité de détention d’un actif non rémunéré, pesant sur la demande des investisseurs, comme en témoignent les sorties observées sur certains ETF adossés à l’or. L’appréciation du dollar a également exercé une pression baissière sur le cours. Ces dynamiques expliquent que l’or n’ait pas surperformé ces dernières semaines. Néanmoins, l’analyse historique montre qu’à horizon plus long, le métal jaune tend à offrir une protection efficace : après les grands chocs géopolitiques, ses performances moyennes sont généralement positives, confirmant son rôle de couverture dans une logique de moyen-long terme.
À plus long terme, plusieurs facteurs structurels devraient continuer de soutenir le prix de l’or. La persistance de déséquilibres macroéconomiques, notamment aux États-Unis, pourrait de nouveau peser sur le dollar et renforcer l’attrait pour l’or. En parallèle, la demande des banques centrales devrait rester soutenue, portée par des considérations stratégiques durables. Enfin, dans un environnement marqué par une corrélation parfois plus élevée entre actions et obligations, l’or conserve un intérêt en termes de diversification. Faiblement corrélé aux autres classes d’actifs sur longue période, et susceptible de jouer un rôle protecteur en phase de stress financier, il s’inscrit comme un instrument pertinent dans la construction de portefeuilles résilients.
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