
Weekly Update - Epargne : un effet richesse massif aux États-Unis relativement à la France
Le patrimoine des ménages peut progresser de deux façons : par l’effort d’épargne ou par la revalorisation des actifs détenus. La comparaison entre les États-Unis et la France livre un constat a priori paradoxal : les Français épargnent davantage, mais leur patrimoine progresse peu. Les Américains épargnent moins, mais voient leur patrimoine augmenter nettement plus vite. Cet effet richesse massif offre un véritable soutien à la consommation et, in fine, à la croissance des États-Unis.
Des Français fourmis et des Américains cigales. Depuis le Covid, les comportements d’épargne ont divergé de part et d’autre de l’Atlantique. Selon les données harmonisées de l’OCDE, le taux d’épargne américain avoisine aujourd’hui 10 %, contre environ 12 % en moyenne avant la pandémie. En France, il atteint 17,5 %, contre moins de 14 % avant 2019.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet écart : un marché du travail plus dynamique aux États-Unis impliquant une croissance des revenus des ménages plus favorable, une défiance des ménages français face à l’instabilité politique, etc. Mais le facteur le plus déterminant tient sans doute à l’évolution de la valeur du patrimoine elle-même.
Une hausse marquée des actifs financiers aux États-Unis. Depuis le Covid, le patrimoine financier des ménages américains a progressé de 70% en valeur nominale, soit environ 40% en termes réels, c’est-à-dire corrigé de l’inflation cumulée. En France, le patrimoine financier n’a progressé que d’un peu plus de 20% en nominal, soit environ 5% en termes réels. Cet écart d’évolution reflète à la fois une exposition bien plus marquée aux marchés actions des Américains, mais aussi des performances de ces marchés nettement supérieures aux États-Unis qu’en Europe. Mécaniquement, cet effet richesse positif réduit la nécessité, pour les ménages américains, d’épargner davantage.
Il peut cependant être souligné que la détention de patrimoine financier reste particulièrement inégale aux États-Unis, et qu’en conséquence ces effets richesse visibles au niveau agrégé ne profitent qu’à une partie de la population.
Un cycle de hausse de taux qui commencerait en juin et qui resterait limité. Aux États-Unis, malgré un marché du travail qui se modère et une inflation qui repart à la hausse, l’effet richesse continue de soutenir la consommation et d’amortir le ralentissement conjoncturel. Il constitue ainsi un stabilisateur puissant, souvent sous-estimé dans les modèles macroéconomiques traditionnels.
En France, la dégradation progressive de la situation des ménages ne bénéficie pas de ce même amortisseur. Les moindres effets de richesse limitent mécaniquement le soutien à la consommation privant la conjoncture de ce relais.
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