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Peut-on parler de philanthropie féminine ?

08/03/2018

En cette journée de la femme, voilà que je m’interroge sur les femmes et la philanthropie. A priori en effet nous viennent tout en suite en tête les noms de grands philanthropes … masculins.

Bill Gates et Warren Buffet, Mark Zuckerberg pour les américains contemporains, l’espagnol Armancio Ortega (fondateur d’Inditex qui soutient des programmes éducatifs) ou l’italien Diego de la Valle (fondateur de Todd’s qui a financé la restauration des colonnes du Colisée à Rome) ou enfin Bernard Arnaud (propriétaire de LVMH et qui a ouvert à Paris Fondation Louis Vuitton dédiée à la création contemporaine), peu de femmes dans ce palmarès de grandes fortunes altruistes.

Est-ce à dire que les femmes ne sont pas généreuses ? Non bien entendu, mais le poids de l’histoire, le fait que les fortunes sont encore majoritairement aux mains des hommes, que les entrepreneurs sont aussi majoritairement des hommes explique cet apparent déséquilibre.

Au-delà des apparences on trouve heureusement dans l’histoire, et aujourd’hui bien entendu, de très belles et généreuses figures féminines. Lorsque l’on évoque la fondation Gates, nul ne peut ignorer toute l’influence et le rôle majeur de Melinda dans sa gouvernance. En France, la fondation Bettencourt Schuller, fondée par Liliane Bettencourt et son époux en 1987, est la fondation privée la plus dotée. Et dans l’histoire je citerai Marie Curie qui, en plus de sa prodigieuse intelligence, a été une femme d’un altruisme exemplaire, refusant avec Pierre son époux de déposer le brevet du Radium ce qui aurait pu les mettre à l'abri financièrement, et ceci afin de permettre à tout scientifique, français ou étranger, de trouver des applications à leur découverte, la radioactivité. Marie Curie n’a cessé de penser à l’intérêt général de sa découverte, allant jusqu’à s’oublier elle-même et risquer sa vie pour les soldats blessés de la 1ère Guerre Mondiale.

Les temps changent… Il est raisonnable de penser que les femmes prendront de plus en plus de place dans le monde de la philanthropie.

Tout d’abord, on note que les femmes fortunées sont de plus en plus nombreuses avec une tendance qui se vérifie sur tous les continents. Ce mouvement s’explique par l’émergence d’un entrepreneuriat féminin, mais aussi par le fait que les femmes ayant une espérance de vie légèrement supérieure à celle des hommes, elles seront souvent héritières de la fortune familiale.

Ensuite parce que les femmes sont souvent sensibles à la cause des autres femmes. Or que constate-t-on lorsque l’on se penche sur les inégalités majeures de notre monde ? On observe malheureusement un écart croissant entre les plus riches et les plus pauvres, et que les moins fortunés sont majoritairement des femmes. En effet, 70% des personnes affamées dans le monde sont des femmes. Elles ont moins accès à l’éducation, à la santé, elles gagnent moins que les hommes et se marient plus jeunes. La situation est tellement critique que l’égalité des sexes a été identifiée comme l’un des 17 objectifs de développement durable des Nations Unies.

En même temps qu’elles vont laisser parler leur cœur, les femmes philanthropes vont aussi découvrir qu’investir sur les femmes est un formidable levier d’impact social. En effet, selon les Nations Unies, « Chaque dollar investi dans les programmes de scolarisation des filles et dans l’augmentation de l’âge auquel elles se marient génère cinq dollars de croissance. Chaque dollar investi dans les programmes d’amélioration des activités génératrices de revenus pour les femmes génère sept dollars de croissance »[i]. Les instituts de micro-finance l’ont bien compris puisque 81% de leurs clients sont des femmes.

On parle de nouveaux philanthropes, parlons aussi des nouvelles philanthropes, ces jeunes femmes dynamiques et sensibles, sincères et enthousiastes qui n’hésitent pas elles non plus à s’engager pour l’intérêt général. Elles sont nombreuses dans les ONG, dans les fondations. Nombreuses aussi dans les entreprises à militer pour une RSE à fort impact. Elles s’inspirent sans doute de quelques-unes de leurs aînées parmi lesquelles on peut citer Elisabeth Badinter ou Simone Weil, le Docteur Margaret Chan (restée 10 ans directrice de l’OMS jusqu’en 2017) ou JK Rowlings la créatrice d’Harry Potter et qui a beaucoup donné.

Grâce à elles, j’ai bien l’impression que les femmes sont l’avenir de la philanthropie !   

 

 

Sources :

[i] www.un.org/sustainabledevelopment/fr/wp-content/uploads/sites/4/2016/10/Why_it_matters_Goal_5_French.pdf

Panorama de la philanthropie en Europe (Observatoire de la Fondation de France / CERPhi – Avril 2015)

Biographie : Madame Curie de Eve Curie

www.un.org/sustainabledevelopment/fr/wp-content/uploads/sites/4/2016/10/Why_it_matters_Goal_5_French.pdf

Convergences – baromêtre 2016 de la Microfinance

Forbes : Most Powerful Women In Philanthropy And Nonprofits 2017

Claire Douchy Responsable des offres philanthropiques et ISR Société Générale Private Banking