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Weekly Update - Pourquoi la BCE relève ses taux face à un choc énergétique

La nouvelle hausse des taux de la Banque centrale européenne peut sembler paradoxale. L’inflation actuelle provient largement du renchérissement de l’énergie, lié aux tensions géopolitiques et aux contraintes d’offre. Or, relever les taux ne permettra ni de produire davantage de pétrole ou de gaz, ni d’en réduire directement le prix. La BCE cherche plutôt à empêcher que ce choc ne se diffuse aux salaires, aux services et aux anticipations d’inflation. Cette décision peut ainsi se justifier à l’échelle de la zone euro, même si la remontée des taux longs déjà engagée appelle à la prudence. Et même si la situation spécifique de l’économie française ne semble pas le justifier.

La BCE ne peut pas empêcher le choc énergétique, mais elle doit éviter qu’il ne se propage durablement dans l’économie. En août, l’inflation de la zone euro a atteint 3,3%, nettement au-dessus de l’objectif de 2 %, principalement sous l’effet d’une hausse de 14,3 % des prix de l’énergie. Un dépassement temporaire de la cible ne justifie pas automatiquement un resserrement monétaire, car la BCE raisonne à moyen terme. Mais plus le choc énergétique dure, plus il risque d’être répercuté dans les prix des entreprises, les revendications salariales et les anticipations des agents économiques. En relevant ses taux, la BCE ne prétend donc pas agir sur la cause initiale de l’inflation. Elle cherche à modérer la demande et à prévenir des effets de second tour qui transformeraient une hausse sectorielle des prix en inflation généralisée.

Cette hausse des taux relève toutefois davantage d’une logique d’assurance que de la nécessité de freiner une économie en surchauffe. Les signes de diffusion du choc énergétique restent pour l’instant limités. L’inflation sous-jacente de la zone euro, hors énergie et alimentation, a reculé de 2,5 % à 2,4 % en août et n’apparaît donc pas très éloignée de la cible. L’économie européenne se montre plus résistante qu’anticipé, mais sans surchauffe à ce stade. Parallèlement, la remontée généralisée des taux longs durcit déjà les conditions de financement. Elle reflète la résistance de l’activité mondiale, des risques inflationnistes plus persistants et l’augmentation des besoins de financement publics et privés. Le renchérissement du crédit devrait progressivement peser sur l’investissement, l’immobilier et la consommation. Une partie du resserrement monétaire est donc déjà à l’œuvre, ce qui plaide pour une hausse graduelle plutôt que pour un cycle de resserrement abrupt.

Une décision cohérente pour la zone euro peut néanmoins paraître trop restrictive depuis la France. Avec une inflation globale de 2,7 % et une inflation sous-jacente limitée à 1,2 %, la France figure parmi les pays où les tensions inflationnistes sont les plus faibles. Son activité s’avère également nettement plus modérée que dans le reste de la zone euro : la croissance est quasiment nulle, la progression des salaires plus contenue et le crédit moins dynamique. Les pressions internes sur les prix s’avèrent ainsi plus limitées que dans le reste de la zone. Mais la BCE ne fixe pas ses taux en fonction de la seule conjoncture française : elle conduit une politique monétaire pour l’ensemble de la zone euro. Une hausse limitée et progressive peut donc être pertinente en moyenne, même si elle pèse sur les économies les moins dynamiques. Tout l’enjeu consiste à préserver la crédibilité de la cible de 2 % sans accentuer inutilement le ralentissement économique.

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