
Une éclipse qui met en lumière l'impact des informations occultées
Peu importe la destination et la période que vous aviez choisi pour vos congés estivaux, il est très probable que vous ayez pu profiter du spectacle offert par l’éclipse solaire en août. Le soleil, ainsi momentanément occulté, a justement mis en lumière l’impact des informations non visibles dans nos choix. Retour sur terre avec deux études riches d’enseignements pour que nos décisions permettent de viser les étoiles !
Article rédigé par Edouard Camblain, conseiller en investissement et expert en finance comportementale chez Société Générale Private Banking
L’éclairage d’une notation gardée à l’ombre !
Durant vos vacances, vous avez probablement cherché des notes sur des restaurants. Celles-ci ont justement donné lieu à une récente expérience1 qui mettait une partie des participants dans une position fictive d’un « restaurateur » recevant secrètement une note de l’inspection sanitaire sur l’état de propreté de son établissement (de 1/5 à 5/5, la note allant croissante avec l’hygiène). Les « restaurateurs » pouvaient ensuite choisir de divulguer ou non la note, ce qu’ils font - sans surprise - d’autant plus volontiers que la note reçue est élevée (révélée par 3%, par 63% et par 95% lorsque la note est respectivement de 1, 3 et 5). En toute logique, le manque d’information (faute de partage) sur la note reçue laisse ainsi présager d’un faible niveau d’hygiène. Alors que cette corrélation intuitive constitue un élément utile, les participants « clients » (donc non « restaurateurs ») devant deviner les 465 notes masquées, estiment la note moyenne à 2.2/5 plutôt que d’envisager une très mauvaise notation (de 1/5) ! Les chercheurs concluent qu’en absence d’information, les « clients » sont trop optimistes (ils sont même 20% au-dessus de la note moyenne des restaurateurs refusant de divulguer) alors que ce défaut d’information devrait les inquiéter. L’étude met aussi en lumière que certains « restaurateurs » pourtant bien notés ont préféré garder la confidentialité (37% de ceux notés 3/5) et n’ont donc pas suivi une stratégie de partage optimale.
Cette étude démontre les limites de la théorie économique classique de la divulgation volontaire selon laquelle, si révéler une bonne information est peu coûteux et crédible, alors tous les acteurs de bonne qualité devraient la révéler. Mais, à l’instar des restaurateurs sous-optimisant le partage de leurs bonnes notes, lorsqu’une partie des informations semble manquante, on ne peut tirer une conclusion hâtive selon laquelle cela devrait nous alarmer. Certaines informations (non réglementaires) peuvent en effet - parfois à tort – être jugées complexes à appréhender, superflues dans la prise de décision ou encore de nature à polluer la réflexion par une influence inopportune (de solides performances historiques par exemple) … Plutôt que de se détourner d’une solution pour laquelle certaines informations semblent omises, il convient de creuser le sujet et de poser des questions pour prendre une décision éclairée ! Il n’y a jamais de question stupide !
L’alignement des astres pour décrocher la lune !
Jauger du niveau optimal d’informations est parfois complexe : comment disposer des éléments suffisants sans se perdre dans les détails ? Un groupe de 24 participants2 (dont 12 étudiants en économie) se sont prêtés à une simulation visant à étudier leur comportement dans l’acquisition de la juste quantité d'information : aligner besoins et informations pour remporter la mise ! Chaque participant démarrait avec une somme puis, lors de chacune des périodes de jeu, devait choisir entre deux projets dont l’un rapportait une somme et l’autre faisait perdre ce même montant. La réussite dépendait de la valeur de trois variables cachées que les participants pouvaient découvrir s’ils décidaient d’acheter ces informations. En réalité, il existait une règle constante3 permettant de ne pas dépenser inutilement une fois la règle comprise. Toutefois, peu de participants ont découvert la stratégie optimale (l’honneur est sauf avec 50% des étudiants en économie contre 25% pour les autres) car beaucoup ont sous-estimé la valeur de l'information en économisant les coûts d'information. A l’inverse, d’autres ont découvert la règle mais ont continué à acheter des informations inutiles (grevant de 40 % les revenus potentiels des non spécialistes et 10% des étudiants en économie).
Sans remettre en cause la conclusion de l’étude précédente selon laquelle l’information non visible doit être réclamée, la recherche académique mentionnée ci-dessus montre combien nous sommes différents les uns des autres. Pour certains la difficulté réside dans la sous-acquisition de l’information nécessaire, par ignorance, par politesse, par paresse… Pour d’autres, le danger vient d’une sur-acquisition d’informations inutiles qui peuvent faire perdre de vue les points clés à considérer lors de sa décision. Bien entendu, de façon générale, les acquisitions d’informations utiles peuvent présenter un coût financier (achat de base de données etc) ; mais, en matière de gestion des finances personnelles, ce coût se mesure surtout par le temps consommé, l’énergie déployée et l’attention captée. Il est donc sage d’ajuster au mieux sa mobilisation dans la quête des informations non-visibles.
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En espérant que cet article contribuera à mettre vos performances financières sur orbite
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