
Mieux accompagner ses clients avec la finance comportementale #4 : le cas des multi family offices
Les Multi Family Offices sont des acteurs indépendants et expérimentés qui jouent un rôle clé dans le secteur de la gestion de patrimoine, en accompagnant plusieurs familles fortunées sur des problématiques complexes et diversifiées. La finance comportementale s’inscrit pleinement dans la proposition de valeur complète et sur-mesure que les équipes dédiées au sein de la banque privée apporte à ces partenaires stratégiques.
Trois questions à… Valérie Bokobza, Responsable Multi Family Offices Europe au sein de Société Générale Private Banking, par Edouard Camblain, expert en finance comportementale et conseiller en investissement.
En quoi la finance comportementale est-elle une expertise particulièrement intéressante pour ce métier ?
Les Multi Family Officers couvrent un large spectre de sujets : gouvernance familiale, planification successorale et fiscale, gestion des actifs financiers, gestion des risques, et autres dimensions patrimoniales complexes. Cela requiert non seulement des compétences techniques, mais aussi des qualités humaines essentielles pour appréhender les dynamiques familiales en jeu. Il s’agit de comprendre les enjeux relationnels, les divergences d’opinions au sein d’une même famille, ainsi que les sensibilités propres à chaque génération, notamment en matière de rapport à l’argent, aux risques ou encore aux valeurs environnementales et sociétales.
La prise de conscience des biais cognitifs est indispensable dans ce contexte. Même le meilleur expert technique peut passer à côté de l’essentiel s’il ne prend pas en compte cette dimension relationnelle dans l’accompagnement des familles.
La finance comportementale, quel que soit le niveau de maturité du Family Officer sur cette thématique, permet de structurer cette approche humaine, d’identifier ces biais cognitifs et émotionnels, et d’apporter des solutions adaptées. Elle facilite également une pédagogie mieux ciblée et plus efficace, en profondeur. C’est un atout majeur, notamment lorsqu’il s’agit de gérer au sein d’une même famille des biais comportementaux divergents, voire opposés, qui peuvent complexifier la prise de décision collective.
Quels sont les biais comportementaux les plus couramment observés ?
Au sein d’une même famille, les appétences au risque financier peuvent varier considérablement selon l’âge, l’expérience ou les connaissances financières des membres. L’enjeu intergénérationnel est souvent le plus délicat : les priorités des aînés ne correspondent pas forcément à celles des plus jeunes, et il est essentiel de réussir à les rassembler autour d’un projet commun.
Par exemple, certains membres peuvent manifester une forte aversion au risque, privilégiant la préservation du capital, tandis que d’autres souhaitent investir massivement dans des actifs plus volatils, comme les cryptomonnaies ou les start-ups innovantes.
Quels autres biais résultent de la diversité de ces profils familiaux ?
La diversité des âges, des profils et des objectifs engendre une multiplicité de perceptions et de priorités pour chaque membre d’une même famille. Le rôle du Family Officer consiste alors à faire converger ces éléments hétérogènes en prenant du recul par rapport à l’affect, afin de privilégier une approche rationnelle et équilibrée. Dans ce contexte, il rencontrera fréquemment deux types de biais : celui de la pensée de groupe ainsi que celui de l’escalade d’engagement.
Dans le cas du biais de pensée de groupe, la famille cherche à atteindre un consensus global, parfois au détriment d’une analyse rigoureuse des opportunités et risques. Ce biais peut se traduire par un refus de modifier une allocation d’actifs ou d’intégrer des investissements innovants, par crainte de remettre en cause la position dominante des générations précédentes, ou de créer des conflits. Le biais d’escalade d’engagement implique qu’une fois une décision collective prise, même si elle s’avère défavorable, il devient difficile pour la famille de revenir en arrière. Par exemple, la détention prolongée d’un bien immobilier peu rentable, acquis par le fondateur de l’entreprise familiale, illustre ce biais, où la valeur affective l’emporte sur l’analyse économique.
Si la convergence recherchée par le Family Officer peut parfois s’opérer naturellement, des tensions peuvent également émerger, rendant l’accompagnement professionnel et la mise en place d’une gouvernance familiale structurée indispensables. La finance comportementale joue ainsi un rôle fondamental en l’aidant à identifier et à expliciter ces biais cognitifs et émotionnels, souvent inconscients. Par une pédagogie adaptée, elle permet de mettre en lumière ces incohérences, d’ouvrir le dialogue au sein des familles, et d’accompagner la mise en place d’une gouvernance plus efficace et sereine. Au sein de Société Générale Private Banking, nous nous positionnons comme un partenaire clé dans cet accompagnement, en apportant notre expertise pour naviguer ces dynamiques complexes et optimiser la prise de décision collective, tout en renforçant la cohésion familiale.
Découvrir le premier article de la série : Mieux accompagner ses clients avec la finance comportementale #1 : l'ingénierie patrimoniale
Découvrir le deuxième article de la série : Mieux accompagner ses clients avec la finance comportementale #2 : le conseil en investissement
Découvrir le troisième article de la série : Mieux accompagner ses clients avec la finance comportementale #3 : le métier de banquier privé
