Crise du vin : un malaise profond qui rebat les cartes du patrimoine viticole

Une consommation de vin durablement orientée à la baisse
La consommation mondiale de vin a reculé à environ 208 millions d'hectolitres en 2025, soit une baisse de près de 14 % depuis 2018. Elle connaît son niveau le plus faible depuis les années 1950 après une diminution continue depuis plus de soixante ans.
La France, premier marché européen, avec environ 22 millions d'hectolitres consommés, n'échappe pas à cette tendance. Les nouvelles générations consomment moins régulièrement du vin, tandis que la bière, les cocktails et les boissons sans alcool gagnent du terrain.
Tous les segments ne sont toutefois pas touchés de la même manière. Les vins rouges produits en volumes importants sont les plus exposés, ce qui explique notamment les difficultés rencontrées à Bordeaux et dans le Languedoc. Les vins blancs, effervescents et rosés se montrent en revanche nettement plus résilients, certains continuant même à gagner des parts de marché.
Cette évolution oblige la filière à repenser une partie de son offre, bien au-delà d'un simple ajustement conjoncturel des volumes.
Exportations : un environnement devenu plus complexe
La baisse de la demande s'accompagne d'une concurrence internationale accrue. Espagne, Italie, Chili ou Australie se disputent un marché mondial en contraction, avec parfois des coûts de production sensiblement inférieurs à ceux des exploitations françaises. La concurrence s'exerce également sur le terrain de la qualité, la plupart des grandes régions viticoles mondiales étant désormais capables de produire des vins répondant aux attentes des consommateurs.
Les tensions commerciales constituent un second facteur de pression. Les États-Unis, marché stratégique pour les vins et spiritueux français, appliquent depuis août 2025 des droits de douane de 15 % sur les vins européens. Conjugué à l'évolution des changes, ce contexte renchérit fortement les bouteilles françaises pour le consommateur américain.
En Chine, les tensions commerciales ont également affecté les spiritueux français, avec notamment une baisse marquée des achats de cognac.
En 2025, les exportations françaises de vins et spiritueux ont reculé de 8 %, pour s'établir à 14,3 milliards d'euros. Les ventes vers les États-Unis ont, quant à elles, chuté de 21 %.
Un effet de ciseau particulièrement sévère
Pour de nombreuses exploitations, la difficulté tient désormais à l'écart entre prix de vente et coûts de production.
Aux difficultés commerciales s'ajoutent également la hausse des coûts de l'énergie, du verre et de la main-d'œuvre, ainsi que les conséquences du gel, de la grêle ou de la sécheresse.
Le résultat est un effet de ciseau : une production plus coûteuse face à un marché qui ne permet plus toujours de répercuter ces hausses dans les prix.
Dans ce contexte, le financement devient lui-même un enjeu. Certaines banques réduisent leurs lignes de trésorerie ou deviennent plus prudentes sur le financement des stocks. En Bordelais, environ 1 200 propriétés seraient engagées dans des discussions portant sur leur endettement.
Le foncier viticole au cœur de l'ajustement
Cette baisse d'activité se répercute naturellement sur le marché des propriétés.
En Bordelais, la valeur annuelle des transactions de vignes a fortement reculé, passant d'environ 343 millions d'euros en 2022 à 96 millions en 2025. Dans le même temps, le prix moyen d'un hectare en AOC Bordeaux est revenu aux alentours de 6 500 euros.
Le nombre de procédures collectives progresse également : 87 domaines viticoles sont entrés en procédure collective au premier trimestre 2026, dont environ la moitié en Gironde.
Ces chiffres illustrent une réalité essentielle pour l'investisseur : derrière le marché viticole se cachent en réalité des situations très diverses. Une propriété produisant principalement des vins de volume ne présente ni les mêmes perspectives de valorisation, ni la même résilience qu'un domaine bénéficiant d'une marque reconnue, d'un réseau de distribution solide, d'un potentiel œnotouristique ou d'un foncier rare. La baisse générale des prix peut donc faire apparaître des opportunités, mais elle impose une sélectivité beaucoup plus forte qu'auparavant.
Arracher aujourd'hui, transformer demain
À court terme, les pouvoirs publics cherchent avant tout à rééquilibrer le marché en réduisant les excédents de production. Après un premier programme d'arrachage, un nouveau dispositif doté de 130 millions d'euros prévoit la suppression de près de 28 000 hectares de vignes, principalement plantées en cépages rouges. Des mesures de distillation viennent également contribuer à la résorption des stocks accumulés.
Si ces actions peuvent favoriser un meilleur équilibre entre l'offre et la demande, elles ne répondent pas à l'enjeu central : celui de la consommation. La capacité de la filière à se transformer sera donc déterminante.
Cette évolution passe notamment par le développement des vins blancs, rosés et effervescents, l'essor des vins désalcoolisés, la diversification des marchés à l'export, l'œnotourisme et, dans certains cas, la reconversion partielle des exploitations.
Une crise qui pourrait redessiner durablement le paysage viticole
La France n'est pas une exception. À l'échelle mondiale, la surface viticole diminue depuis plusieurs années et la consommation américaine, premier marché mondial du vin, a également reculé en 2025. La crise actuelle pourrait ainsi accélérer une restructuration profonde du secteur.
Dans ce nouvel environnement, toutes les propriétés ne seront pas affectées de la même manière. Celles bénéficiant d'une forte notoriété, d'un terroir rare et d'une distribution maîtrisée devraient faire preuve d'une résilience supérieure. À l'inverse, les exploitations dépendant essentiellement de la production de volume devront poursuivre leurs efforts de réduction des coûts, de différenciation ou de diversification.
Pour les détenteurs ou acquéreurs potentiels d'actifs viticoles, cette période invite davantage à une analyse fine des fondamentaux qu'à une lecture uniforme du marché. Qualité du terroir, niveau d'endettement, capacité bénéficiaire, force de la marque, potentiel immobilier et touristique ou possibilités de diversification constituent désormais des critères déterminants.
La viticulture française devrait sortir de cette crise plus concentrée et sans doute plus segmentée. Comme souvent lors des phases de restructuration d'un marché, la baisse générale des valorisations pourrait faire émerger, aux côtés d'actifs durablement fragilisés, de véritables opportunités patrimoniales.
Article rédigé par Matthieu Gombault, Responsable de l’expertise Vin & Forêt de Société Générale Private Banking
Ce document n’a pas de valeur contractuelle. Il n’est destiné à fournir ni un service d’investissement tel que le conseil en investissement, ni un service connexe d’investissement, ni un conseil en arbitrage, ni un conseil juridique, comptable ou fiscal de la part de Société Générale Private Banking France (ci-après « SGPB France »), qui ne peut donc être tenue responsable pour toute décision prise par un investisseur sur la seule base de son contenu. SGPB France ne s’engage ni à l’actualiser, ni à le modifier.
Avant toute décision d’investissement, veuillez prendre connaissance des informations de la documentation détaillée du service ou produit envisagé, notamment celles liées aux risques associés et consulter vos conseils juridiques et fiscaux. Si le document est consulté par un non-résident fiscal français, il devra s’assurer avec ses conseils juridiques et fiscaux qu’il respecte les dispositions légales et réglementaires de la juridiction concernée. Il n’est destiné ni à être diffusé aux Etats-Unis, ni à un résident fiscal américain, ni à une personne ou dans une juridiction pour laquelle une telle diffusion serait restreinte ou illégale.
Les informations sur les performances passées éventuellement reproduites ne garantissent en aucun cas les performances futures. Ces performances futures sont donc indicatives. Le rendement obtenu par des investisseurs variera selon les performances du marché et la durée de conservation de l’investissement. Les performances futures peuvent être soumises à l’impôt, qui dépend de votre situation personnelle présente et future.
Société générale a mis en place une politique de gestion des conflits d’intérêts. SGPB France a mis en place (i) une politique de traitement des réclamations formulées par ses clients, disponible sur demande auprès de votre banquier privé ou sur son site internet et (ii) une politique de protection des données personnelles (https://www.privatebanking.societegenerale.com/fr/protection-donnees-personnelles/). À tout moment et sans frais, vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, de limitation du traitement, d’effacement de vos données et d’un droit d’opposition à leur usage à des fins de prospection commerciale en contactant notre Délégué à la Protection des Données par courriel (protectiondesdonnees@societegenerale.fr). En cas de litige, vous pouvez déposer une réclamation auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL), autorité de contrôle en charge du respect des obligations en matière de données à caractère personnel.
Ce document est émis par Société Générale, banque française autorisée et supervisée par l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution, sise 4 Place de Budapest, 75436 Paris Cedex 09, sous la supervision prudentielle de la Banque Centrale Européenne (« BCE ») et enregistrée auprès de l’ORIAS en qualité d’intermédiaire en assurance sous le numéro 07 022 493, orias.fr. Société Générale est une société anonyme française au capital de 1 003 724 927,50 euros au 17 novembre 2023, dont le siège social est situé 29 boulevard Haussmann, 75009 Paris, et dont le numéro d'identification unique est 552 120 222 R.C.S. Paris (ADEME FR231725_01YSGB). Plus de détails sont disponibles sur demande ou sur www.privatebanking.societegenerale.com/. Ce document ne peut être ni communiqué, ni reproduit totalement ou partiellement, sans accord préalable et écrit de SGPB France.