
Artpoint : Quand l’art numérique transforme nos espaces et nos usages
Le club "Au Féminin by SGPB" met en lumière des femmes inspirantes qui rayonnent dans leurs écosystèmes. Créé il y a quatre ans, il prouve l’ambition d’une banque privée responsable en accompagnant celles qui souhaitent devenir actrices de leurs décisions patrimoniales et financières. Cette série d’entretiens ouvre une fenêtre sur des parcours partagés. Un duo, parfois un collectif, qui avance d’un même mouvement et transforme une intuition en projet. Au moins une femme y occupe une place centrale : par son regard, sa détermination, sa manière d’agir. Ensemble, ils créent une dynamique singulière, faite de confiance, d’exigence et d’élan. Leur histoire révèle la puissance du « faire ensemble », la richesse des trajectoires qui se rencontrent et la force de valeurs qui nous rassemblent — entrepreneuriat, innovation, excellence, esprit d’équipe et transmission.
Marceline Try, responsable du développement des réseaux et des partenariats chez Société Générale Private Banking s'est entretenue avec Laurie Bonin et Julie Corver qui ont fondé en 2019, l'agence d'art numérique Artpoint à partir d’une conviction forte : l’art numérique a toute sa place dans les lieux de vie, de travail et de passage. À la croisée de l’innovation, du bien-être au travail et de la transformation des espaces, leur démarche vise autant à révéler la puissance émotionnelle du numérique qu’à démocratiser l’accès à la création contemporaine.
Présentez-nous le projet Artpoint et sa genèse.
Laurie Bonin et Julie Corver : Artpoint est né en 2019, mais son histoire a commencé un peu plus tôt, dès notre rencontre durant nos études – une rencontre qui a littéralement changé nos trajectoires. Dès 2018, nous avons compris que l’art numérique repoussait les limites de la création et révélait une émotion nouvelle, à l’intersection de l’art et des technologies.
Nous avons perçu très tôt sa capacité à créer des expériences sensibles et immersives, et surtout son potentiel pour faire entrer l’art contemporain dans les espaces économiques, culturels et nos lieux du quotidien. Aujourd’hui, Art Point est une agence d’art numérique qui met en relation les marques et institutions les plus innovantes avec les meilleurs artistes numériques internationaux afin de créer des expériences inspirantes et mémorables.
Laurie : Notre ambition est de décloisonner l’art, de le faire sortir des lieux institutionnels pour l’amener directement à son public. Entreprises, institutions, espaces publics : nous intégrons les œuvres dans nos lieux du quotidien. Nous réenchantons ces lieux grâce à une nouvelle génération d'artistes visionnaires qui maîtrise pleinement le potentiel du numérique, des réseaux et du virtuel.
Ces artistes sont à la fois très conscients de leur capacité à renouveler l’art et du besoin de s’entourer de partenaires solides. Nous avons cette double ambition : soutenir les artistes en leur offrant de nouveaux lieux d'exposition et de nouvelles sources de revenu sous la forme de droits d'auteur et transformer les lieux en expériences sensibles. Créer cette rencontre mobilise des champs très variés. Transformer des lieux en expériences sensibles – mobilise des champs très variés : design d’espace, technologie, émotion, narration.
Julie : Art Point représente aujourd’hui plus de 500 artistes, issus de 70 nationalités, et un catalogue de plus de 10 000 œuvres. L’impact est réel et mesurable : être en contact avec l’art au moins une fois par mois réduit significativement le risque de dépression, et plus de la moitié des collaborateurs travaillant dans des espaces artistiques estiment que leur créativité est stimulée. Nous ne sommes pas une entreprise de santé, mais nous sommes convaincues que nous faisons du bien… à la santé.
Comment défineriez vous votre binôme ?
Laurie : Il existe un véritable coup de cœur professionnel – et je l’ai vécu avec Julie. Notre association est intense, en mouvement permanent. Nous sommes profondément alignées sur notre vision entrepreneuriale et sur ce que nous voulons construire avec Artpoint. La confiance est un pilier fondamental, tout comme nos personnalités différentes mais parfaitement compatibles.
Julie : Notre force tient à cette entente évidente, mais aussi à notre complémentarité. Il y a des domaines où Laurie est plus forte que moi, et inversement. La valeur que nous créons repose d’abord sur nos talents respectifs. Nous avons appris à nous répartir les rôles de manière très naturelle, en capitalisant sur nos forces.
Votre association a-t-elle modifié votre relation ?
Laurie et Julie : Pas du tout. Nous sommes amies au travail comme dans la vie avec une réelle admiration l'une pour l'autre. Nous plaisantons parfois en parlant de « mariage professionnel », ce qui dit beaucoup de notre engagement mutuel. Proches et complémentaires : c’est précisément ce qui fait la solidité de notre binôme.
Peut-on encore innover dans un secteur aussi établi que l’art contemporain ?
Laurie et Julie : L’art contemporain peut parfois sembler très institutionnalisé, avec des codes bien établis. Introduire de la nouveauté – notamment via le numérique – sans tomber dans l’effet gadget est un véritable défi. Depuis le début, nous pensons notre action en termes de création de valeur : il ne s’agit pas de bousculer pour bousculer, mais de construire quelque chose de durable et pertinent en identifiant le modèle de diffusion le plus séduisant pour les artistes, les lieux, et les publics
Julie : Aussi étonnant que cela puisse paraître, les artistes numériques avant-gardistes que nous accompagnons manquaient encore de visibilité dans certaines institutions dites avant-gardistes. Il y avait donc un vide à combler, un nouvel écosystème à inventer pour soutenir ces artistes et promouvoir une autre forme de culture. Le besoin de faire émerger une nouvelle génération d'artistes est aussi au cœur de notre engagement
Laurie : Nous souhaitons autant nous adresser aux grands amateurs d’art qu’à des publics qui ne pousseraient pas spontanément les portes d’un musée ou d’une galerie. Dès le départ, notre ambition était universelle avec une forte dimension pédagogique. Certaines œuvres peuvent être complexes, mais Artpoint démontre que l’art peut faire du bien et créer du sens autant aux artistes qu’à ceux qui le découvrent.
Quel regard portez-vous sur l’essor de l’intelligence artificielle dans l’art numérique ?
Laurie et Julie : L’art numérique reflète les évolutions technologiques de son époque, dans la mesure où les artistes se sont toujours emparés des outils à leur disposition pour les questionner et en explorer le potentiel créatif. Ce fut le cas pour la 3D, internet, la réalité virtuelle, la robotique, etc. et aujourd'hui, l'intelligence artificielle ! Mais cette technologie bouleverse la place de l’artiste dans le processus de création et pose une question essentielle : qu’est-ce qui relève véritablement de l’art et qu'est-ce qui n'en est pas L’intelligence artificielle s’inscrit aujourd’hui dans cette continuité technologique, mais elle pose une question essentielle : qu’est-ce qui relève véritablement de l’art et qu’est-ce qui n’en est pas ?Dans ce contexte, le rôle d’Arpoint est essentiel pour faire cette distinction. Nous. Identifions des artistes qui utilisent ces outils comme de véritables médiums créatifs, et non comme de simples outils de production. L'IA est mise au profit d'une démarche artistique !
Votre projet repose sur une forte approche RSE. Comment cela se traduit-il concrètement ?
Laurie et Julie : Arpoint a sept ans – un âge symbolique, celui de la maturité… Malgré tout le chemin parcouru, nous restons une jeune structure. Nous croyons profondément que l’art peut contribuer à un avenir plus durable et inclusif, en éveillant les consciences et en nourrissant le dialogue. L’art digital limite considérablement les transports et l’utilisation de matériaux physiques, ce qui en fait une réponse pertinente aux défis environnementaux actuels. Cela dit, le numérique n’est pas sans impact. C’est pourquoi, avec l’accompagnement de la BPI, nous avons mis en place un plan d’action ambitieux pour réduire notre empreinte et obtenu le labelNumérique Responsable.
Julie : Nous sommes très engagées pour faire d'Artpoint un acteur crédible de la transition écologique dans un secteur encore peu sensibilisé à ces enjeux.
Laurie : Cet engagement, en interne comme en externe, nous le portons collectivement avec nos clients, nos partenaires, nos collaborateurs et nos investisseurs. C’est une aventure profondément collective.
De manière générale, vous accordez une grande importance aux valeurs dans votre vision. Comment envisagez-vous l'avenir ?
Laurie et Julie : Nous sommes encore jeunes et très focalisées sur le développement, la croissance et la crédibilité de notre entreprise. Nous commençons à être reconnues dans le monde de l’Art et cet interview avec la Société Générale, que nous connaissons aussi grâce à sa très riche collection d’art contemporain, est un signe de reconnaissance important.Et nous sommes convaincues que les valeurs de partage, d’ouverture, de mixité sociale et de responsabilité environnementale sont les fondements d’une entreprise durable. Elles guident notre parcours, en tant qu’entrepreneures et peut-être mères demain.
Quels conseils donneriez-vous à celles et ceux qui veulent entreprendre dans un secteur très établi ?
Julie : Créez vos propres opportunités : osez faire, parler, rencontrer, échanger, vous tromper aussi. C’est ainsi que l’on apprend à éviter les pièges. Notre directeur de Master disait souvent, « mettez-les à l’eau. Ils nageront ! » il avait raison :
Laurie : Et surtout, n’attendez pas d’avoir un projet parfaitement abouti pour vous lancer. La quête du projet parfait est souvent une illusion. C’est en marchant, en osant et en partageant que se construisent les conditions du succès.

Laurie Bonin et Julie Corver ont fondé Artpoint en 2019.
En 2022, elles font partie du collectif de 128 leaders de la tech et de la crypto, artistes, investisseurs et dirigeants d'entreprise qui ont fondé NFT factory, un lieu pour faire connaitre les NFT au grand public, rassembler les acteurs et actrices du Web3, et construire un écosystème français.
Elles reçoivent en 2024 le prix "100 Femmes de Culture" qui salue leur engagement pionnier dans l'art.
En 2026, Laurie Bonin est lauréate de la première édition du Palmarès Choiseul Médias & Création.
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