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Primeurs 2025 : un grand millésime face à un marché sous tension

La campagne des primeurs 2025, qui se déroule au printemps 2026, s’inscrit dans un contexte singulier : celui d’un millésime qualitativement remarquable, confronté à un environnement économique et commercial très fragile. Dans ce contraste se dessine un véritable test pour la place bordelaise, entre excellence du millésime, comme souvent sur les millésimes en cinq, et prudence sur les marchés.

Article rédigé par Matthieu Gombault, Responsable de l’expertise Vin & Forêt de Société Générale Private Banking

Un millésime 2025 de haute tenue : précision, fraîcheur et équilibre

Le millésime 2025 à Bordeaux se distingue par une forme de paradoxe climatique. Malgré un été chaud et sec, marqué par plusieurs épisodes caniculaires, les vins présentent des profils d’une grande fraîcheur et d’un équilibre remarquable.

La campagne végétative s’est déroulée dans des conditions globalement idéales : floraison homogène, maturité complète et vendanges dans un état sanitaire irréprochable. Cette régularité, alliée à des pluies salvatrices en fin d’été, a permis de produire des raisins concentrés, mais sans excès d’alcool, avec une acidité préservée. La production, en revanche, est faible – la plus petite depuis plusieurs décennies dans certaines zones.

Appellations et vins phares : rive gauche en tête, excellence généralisée

Si la qualité est globalement élevée, certaines appellations tirent particulièrement leur épingle du jeu.
Sur la rive gauche, le Médoc s’impose comme l’un des grands gagnants du millésime, porté par des cabernets sauvignons parfaitement mûrs. Les appellations de Pauillac, Saint-Julien et Saint-Estèphe affichent une régularité impressionnante, avec des vins droits, profonds et racés. Sur la rive droite, la qualité est plus hétérogène mais les grands terroirs s’expriment brillamment. Les vins blancs secs de Pessac-Léognan constituent également une très belle réussite, alliant tension, fraîcheur et précision aromatique.

Des sorties primeurs progressives et stratégiques

Comme chaque année, les sorties s’échelonnent entre fin avril et début juin, selon un calendrier maîtrisé où chaque château choisit sa fenêtre de commercialisation. Les premiers lancements – Pontet-Canet, Batailley ou Lafon-Rochet – ont ouvert la campagne dès la fin avril, suivis progressivement par des propriétés majeures telles que Carbonnieux, Cheval Blanc ou Cos d’Estournel.

Prix et tendances : un équilibre difficile à trouver

La question des prix est, cette année plus que jamais, au cœur de la campagne. Après plusieurs millésimes difficiles commercialement, le marché secondaire reste peu dynamique, marqué par des stocks importants et une demande internationale en retrait.Dans ce contexte, le marché était en attente de prix attractifs pour relancer l’intérêt avec une baisse comme les années précédentes.

Dans les faits, la situation demeure contrastée. Si les prix apparaissent globalement stables à ce stade, certaines stratégies divergent nettement. Cheval Blanc, par exemple, a créé la surprise en revalorisant son prix de sortie d’environ 20 % par rapport à l’année dernière. Un mois après le lancement de la campagne, les récentes mises en marché – notamment celles de Lafite Rothschild et Angélus – confirment une tendance à la hausse, avec des revalorisations comprises entre +10 % et +20 % pour les grands vins de Bordeaux.

Cette forte hétérogénéité des stratégies reflète les incertitudes du marché, dans un exercice d’équilibre complexe : les propriétés doivent préserver la valeur de leur marque tout en évitant de fragiliser les distributeurs, encore détenteurs de stocks importants.

Une campagne qui s’inscrit dans un contexte de crise structurelle

Au-delà du millésime lui-même, la campagne 2025 s’inscrit dans une crise plus profonde du marché des primeurs. Depuis plusieurs années, certains facteurs fragilisent la place de Bordeaux :
-ralentissement de la demande internationale,
-désaffection partielle des consommateurs,
-concurrence accrue d’autres régions,
-et niveaux de stocks importants de millésimes récents.

Le modèle historique – acheter en amont à un prix avantageux – est aujourd’hui remis en question. Les acheteurs attendent désormais une véritable décote par rapport aux prix des vins déjà disponibles, sans quoi l’intérêt économique disparaît. Parallèlement, le rôle des négociants évolue, avec une capacité de financement plus contrainte, incitant les châteaux à ajuster leurs stratégies commerciales.

Conclusion : un millésime brillant… sous condition de prix

Le millésime 2025 pourrait s’imposer parmi les très belles réussites récentes de Bordeaux, combinant concentration, fraîcheur et élégance. Sa qualité est largement saluée par la critique et par les professionnels. Sa réussite commerciale dépendra toutefois d’un élément clé : le positionnement prix.

Dans un marché en quête de repères, les primeurs 2025 ne seront pas achetés « par réflexe », mais sélectionnés avec discernement, vin par vin, château par château. Pour les amateurs comme pour les investisseurs, cette campagne pourrait finalement offrir de réelles opportunités – à condition que Bordeaux parvienne à restaurer un équilibre essentiel entre qualité, prix et confiance.