
Les congés : profiter des grands espaces à ciel ouvert pour sortir des cases !
L’organisation des congés estivaux est parfois empreinte de biais de raisonnements qui émergent souvent en cherchant à optimiser le plaisir des réjouissances avec les contraintes de budget ! Finalement une variante de l’équilibre entre rendement et investissement. Profitons donc de cette thématique pour « explorer », non pas les guides … mais le biais de comptabilité mentale … avant de profiter des grands espaces pour décloisonner nos raisonnements !
Article rédigé par Edouard Camblain, conseiller en investissement et expert en finance comportementale chez Société Générale Private Banking
Une vie quotidienne empreinte de cloisonnements…
Imaginons Romain qui planifie une semaine de vacances avec une contrainte de budget. Il est probable qu’il compartimente ses dépenses en fixant un montant pour les nuitées, les repas, les trajets… Le strict respect du budget par nuit risque malheureusement de l’inciter à se concentrer sur le coût de la chambre d’hôtel et à refuser ainsi un hébergement plus onéreux mais qui engendrerait moins de frais de trajets ou une demi-pension très attractive … et donc un plus grand respect des contraintes financières globales !
Cette tendance à sous-optimiser les choix en raison de « poches mentales » a été abondamment étayée. L’expérience initiale sur ce sujet est celle menée par Daniel Kahneman et Daniel Tversky1 pour étudier la réaction de deux groupes distincts face à une perte de 10$. Le premier groupe était mis dans une situation de perte du billet de banque qui devait servir à l’achat d’une place de théâtre. Le second groupe était dans un scénario de perte du ticket d’entrée au théâtre, une fois la place de 10$ achetée. Alors que 54% des membres du second groupe refusent d’acheter une nouvelle place, 88% de ceux du premier groupe étaient prêts à débourser 10$ supplémentaires ! Cette hétérogénéité de réponses est inexplicable sans prendre en compte le biais de comptabilité mentale : le premier groupe refuse car il a déjà affecté la dépense à la poche « sorties culturelles » qu’il ne souhaite pas doubler tandis que le second groupe double une somme non affectée !
Cet exemple illustre le biais de comptabilité mentale qui se définit comme le fait de considérer différemment des montants financiers selon l’origine des fonds, leur destination (ici la « poche culture ») ou encore leur forme.
La recherche a été complétée au fil des ans, notamment par Richard Thaler (« Mental Accounting and Consumer Choice », 19852 ) avec des exemples supplémentaires sur les écarts de perception selon l’origine des fonds : dépenser au restaurant un montant inégalé par le passé après avoir perçu une indemnité d’une compagnie aérienne, épargner pour la maison de ses rêves avec une rémunération inférieure à celle du crédit souscrit dans le même temps pour sa voiture, être heureux de recevoir de son conjoint (avec qui on ne détient que des comptes communs) un cadeau que l’on avait refusé de s’offrir à cause du prix…
Plus récemment encore, une étude3 s’est intéressée à ce mécanisme de comptabilité mentale lorsque la consommation est temporellement distincte de l’achat. Ainsi, pour une bouteille de vin achetée 20 dollars il y a plusieurs années et dont la valeur aurait atteint 75 dollars aujourd’hui, 30% des participants considèrent que cela ne « coûte rien » de la boire ou de la donner après plusieurs années et seulement 30% estiment à 75 dollars le coût ressenti d’un don de cette bouteille de vin. En revanche, ils deviennent 55% à évaluer à 75 dollars le coût de celle-ci si elle se casse ! La consommation d’un bien acheté antérieurement est donc souvent considérée comme “gratuite” jusqu’à ce que son remplacement soit envisagé. Dans ce cas, le compte mental correspondant, resté longtemps inactif, est réactivé avec une perception réaliste du coût.
Enfin, une étude de 20154 analyse l’impact des cartes-cadeaux sur la façon de dépenser : les participants disposent de 100$ soit sous forme d’une carte bancaire, soit sous forme de bons d’achat spécifiques à des marques (Levi’s ou J.Crew). Il en ressort que les produits typiques (jeans ou pulls selon l’enseigne) de la marque sont nettement plus plébiscités (56%) par les détenteurs de cartes dédiées à l’enseigne par rapport à ceux disposant d’une carte cadeau généraliste (35%).
… à éviter pour ouvrir les horizons de ses finances personnelles !
Dans nos finances personnelles, l’utilisation des fonds peut être conditionnée par leur origine : un gain exceptionnel au loto, une prime non récurrente, une arrivée de fonds inattendue… Ce dernier cas est souvent illustré par les restitutions à certains ménages de trop-perçu par les autorités fiscales, souvent interprété comme une bonne nouvelle par ces derniers… alors que cela traduit uniquement une immobilisation inutile et non rémunérée des sommes ! A l’inverse, tout montant émanant du produit de cession d’une entreprise au terme de longues années de travail sera très probablement traité avec beaucoup plus d’égards.
Evidemment, une gestion saine implique de considérer de la même façon les montants, indifféremment de leurs origines, leurs formes et leurs destinations. Il est aussi nécessaire de ne pas compartimenter et d’avoir une approche globale, garante d’une cohérence dans l’allocation d’actifs pour que cette dernière puisse correspondre au mieux à ses préférences et besoins.
De la même façon, sur les coûts, il faut raisonner sans compartimenter l’approche. Ainsi, une solution (type assurance-vie) peut engendrer des frais (de gestion du contrat) sur lesquels il faut aussi intégrer dans sa réflexion le bénéfice de l’absence de frottements fiscaux au sein de l’enveloppe et les avantages dans le cadre successoral. Autre exemple, bien appréhender les frais intégrés dans la performance d’une solution (par exemple des fonds de placement) par rapport à une facturation de la prestation, d’une façon et donc plus visible mais pas forcément plus coûteuse.
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Seulement deux sous-parties à cet article… presque un décloisonnement total !
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Sources
1. https://api.pageplace.de/preview/DT0400.9781107595682_A24418224/preview-9781107595682_A24418224.pdf
2. Mental Accounting and Consumer Choice
3. Invest Now, Drink Later, Spend Never: On the Mental Accounting of Delayed Consumption, E. Shafir et R. Thaler, 2006
4. On the Mental Accounting of Restricted-Use Funds: How Gift Cards Change What People Purchase, N. Reinholtz, D. Aniel, M. Bartels, J. Parker, 2015
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