
Anticiper les risques climatiques pour mieux préserver le patrimoine
Les acteurs financiers, sous l’impulsion de la Banque Centrale Européenne, approfondissent leurs exercices de stress tests climatiques, évaluant l’impact des risques liés au changement climatique sur leurs expositions et leurs modèles d’activité.
Ces travaux dépassent le seul cadre réglementaire et contribuent à une meilleure compréhension des vulnérabilités économiques et patrimoniales. Ils font notamment émerger un enjeu de protection du patrimoine des clients dans un environnement incertain.
Qu’il s’agisse d’une banque privée, d’une banque de réseau ou d’un assureur, les risques climatiques peuvent affecter la valeur des actifs, la capacité de remboursement, la valeur des garanties, l’assurabilité des biens et in fine la stabilité du système bancaire.
La bonne gestion de ces risques peut devenir un élément clé de la préservation du patrimoine des clients.
Par Brendan Robin, Société Générale Private Banking.
Les risques climatiques peuvent influencer la valeur du patrimoine
Les risques climatiques se répartissent en deux grandes familles.
Les risques physiques correspondent aux dommages résultant des phénomènes climatiques extrêmes ou chroniques: inondations, sécheresses, incendies, vagues de chaleur, submersions marines, retrait-gonflement des argiles. Leur fréquence et leur intensité croissantes peuvent dégrader durablement un actif immobilier, fragiliser une activité économique ou réduire les revenus d’une région entière.
Ces risques touchent l’ensemble des catégories de clients : particuliers, entrepreneurs et investisseurs.
Les risques de transition découlent de l’adaptation progressive de l’économie vers des modèles moins émetteurs de carbone. Nouvelles réglementations environnementales, évolution des normes, innovations technologiques ou changements de comportements des consommateurs, peuvent remettre en cause certains modèles d’affaires et affecter la valeur des actifs.
Le Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) en est une bonne illustration, puisqu’il peut désormais influencer le taux d’un crédit, la valeur d’un bien pris en garantie ou la liquidité d’un actif immobilier.
Dans de nombreux cas, ces vulnérabilités se cumulent. Un patrimoine dans l’immobilier côtier et dans un secteur fortement carboné conjugue des risques physiques et des risques de transition, renforçant son exposition globale.
Les risques climatiques peuvent se matérialiser dans les grands types de risques financiers
Les risques climatiques qui peuvent affecter les clients se matérialisent notamment dans les risques de crédit, de marchés et assurantiels.
Risque de crédit : un événement climatique majeur ou un modèle économique non aligné avec les trajectoires de transition peut détériorer la capacité de remboursement d’un emprunteur. De même, la dévalorisation d’un bien immobilier, affecté par un aléa climatique, fragilise la qualité de la garantie associée.
Les clients privés disposent souvent d’une meilleure flexibilité patrimoniale, mais ne sont pas pour autant totalement protégés.Risque de marché : certains actifs (immobilier exposé, secteurs intensifs en carbone, chaînes de valeur vulnérables) peuvent subir des ajustements de valeur rapides, à la suite d’un choc climatique ou réglementaire. À l’inverse, les entreprises capables d’anticiper et d’investir dans la transition apparaissent de plus en plus comme des actifs résilients.
Risque assurantiel : dans certaines zones à forte exposition, l’assurance devient plus coûteuse, plus restrictive, voire partiellement inaccessible. Cette évolution affecte directement la valeur des biens et leur capacité à être financés sur le long terme.
A titre d’exemple, un bien « super prime », mais menacé par des risques de submersion avérés à horizon 2050, pourrait être plus difficile à financer sur 20 ans, sauf garanties renforcées.
L’anticipation des impacts climatiques : une exigence de gestion patrimoniale
Les banques, assureurs et réassureurs disposent aujourd’hui de projections climatiques statistiques (basés sur les hypothèses et scénarios du GIEC) à horizon 2030, 2050 et 2100. Ces informations, autrefois réservées à la gestion interne des risques, deviennent désormais un atout de conseil : arbitrer entre deux biens immobiliers selon leur exposition réelle aux aléas climatiques, renforcer la capacité de négociation lors d’un achat, orienter un client vers une localisation plus résiliente, ou affiner la valorisation d’une entreprise avant une cession. Ces données climatiques peuvent devenir un critère structurant dans l’accompagnement patrimonial, au même titre que la fiscalité ou la diversification financière.
L’intégration des risques climatiques ouvre également de nouvelles opportunités :
Allocation d’actifs : identifier les zones d’exposition et réorienter vers des actifs plus résilients et alignés.
Sélection de titres : privilégier les entreprises capables d’investir dans la transition et d’adapter leur modèle.
Dette Privée : intégrer une analyse environnementale et sociale permettant d’affiner la valeur des entreprises.
Conseil patrimonial : expliquer que l’intégration du climat n’oppose pas performance et responsabilité, mais peut protéger la valeur à long terme.
En combinant données quantitatives (stress tests, scénarios, cartographie des risques physiques) et analyse qualitative des plans de transition des entreprises, la Banque Privée peut adopter une approche orientée vers la résilience et la préservation durable du patrimoine.
Protéger aujourd’hui pour préserver demain
Dans un environnement marqué par une incertitude croissante, la prise en compte des risques climatiques devient un élément important de la stratégie patrimoniale au même titre que la fiscalité, la diversification ou l’horizon d’investissement.
Anticiper les impacts climatiques, c’est renforcer la résilience des patrimoines, pour préserver leur valeur sur le long terme, et accompagner les clients dans des choix éclairés, conciliant performance, sécurité et durabilité.
