
Weekly Update - Japon : les taux redécouvrent l’inflation
L’un des faits financiers marquants de ce début d’année est la remontée significative des taux souverains japonais : le JGB à 10 ans a atteint 2,2 %, son plus haut niveau depuis 1995. Si cette hausse a été accélérée par l’annonce d’élections anticipées le 8 février et la perspective d’une politique budgétaire plus expansionniste, elle s’inscrit aussi dans une tendance haussière plus profonde, amorcée en 2022, avec la sortie progressive de deux décennies de déflation. Dans un contexte où l’inflation et la croissance nominale devraient rester durablement plus élevées, les taux japonais se « normalisent » et devraient se maintenir à des niveaux plus hauts. Paradoxalement, ce nouvel environnement soutient les marchés actions, portés par une croissance plus robuste et un yen affaibli qui favorise le rapatriement des dividendes.
Des élections anticipées qui accélèrent la hausse des taux souverains. Le début d’année a été marqué par une actualité politique intense. La nouvelle Première ministre Sanae Takaichi a dissous la Chambre basse et convoqué des élections anticipées pour le 8 février, dans l’objectif d’élargir sa majorité. Sa principale proposition économique est la suppression pendant deux ans des taxes sur les produits alimentaires, une mesure synonyme de politique budgétaire expansionniste. Cette annonce a déclenché une nette hausse des taux longs : le taux à 10 ans a atteint 2,2 %, le taux à 30 ans 3,5 %, tous deux à leurs plus hauts niveaux depuis 1995. En parallèle, le yen s’est nettement déprécié, frôlant les 160 yens pour un dollar, avant de se reprendre grâce à des rumeurs d’interventions de la Banque du Japon (BoJ) et à l’affaiblissement du dollar. À l’inverse, les marchés actions ont réagi positivement, l’indice Nikkei 225 progressant de +6 % depuis le début de l’année.
Une hausse des taux qui traduit la fin de la déflation. Le risque souvent évoqué d’une hausse des taux liée à la soutenabilité de la dette publique — qui représente environ 200 % du PIB — semble limité. L’économie japonaise bénéficie en effet d’un ajustement budgétaire important depuis la crise du Covid, ainsi que d’excédents courants structurellement élevés. La progression des taux reflète surtout la sortie de la longue période de déflation et la crainte d’une surchauffe de l’activité. Après plus de vingt ans de baisse des prix, l’inflation est redevenue positive depuis 2022 : l’inflation totale dépasse désormais la cible de 2 % de la BoJ, l’inflation sous-jacente évolue autour de 1,5 %. Combiné à une croissance réelle plus dynamique, ce retour de l’inflation renforce la croissance nominale, ce qui limite le risque budgétaire. Mais ce changement de régime a conduit la BoJ à mettre fin à sa politique monétaire ultra accommodante : sortie progressive de sa politique de contrôle du bilan et hausses graduelles du taux directeur depuis 2024. Dans ce contexte, le risque associé aux nouvelles mesures budgétaires est d’alimenter davantage l’inflation, contraignant la BoJ à accélérer la normalisation.
Un nouvel environnement favorable aux actions japonaises. Si la remontée de la croissance nominale exerce une pression haussière sur les taux, elle est en revanche porteuse pour les marchés actions. Depuis 2022, le Nikkei 225 a progressé de 100 %. Cette performance exceptionnelle s’explique par :la hausse des revenus des entreprises, stimulée par une croissance nominale plus forte, la faiblesse du yen, qui dope les bénéfices tirés de l’étranger et renforce la compétitivité. Dans ce nouveau contexte macroéconomique — croissance nominale plus vigoureuse, yen faible, politique budgétaire plus accommodante — les actions japonaises devraient continuer à bien performer, ce qui conforte notre vue positive sur cette classe d’actifs.
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