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L'éducation réinventée

Les technologies du numérique et les progrès de l'intelligence artificielle sont en train de transformer en profondeur les processus d'apprentissage et les modes d'enseignement partout dans le monde. (par Catherine Véglio, écrivaine et journaliste économique)

Le jour de son mariage, en 2004, Salman Khan, analyste financier à Boston, trouve sa petite-cousine un peu déprimée. Elle vient de rater un test de maths. Pour l’aider, il décide de réaliser des vidéos sur YouTube. Quinze ans plus tard, les cours en ligne de son « université virtuelle », la plateforme Khan Academy, sont suivis par une quarantaine de millions d’utilisateurs par mois dans le monde.
En juin 2019, au salon de l’Innovation organisé par l’Union africaine (UA) à Dakar, une jeune Camerounaise de 30 ans, Blandine Angele Messa, présente EduClick. « Nous construisons une application Web et mobile à partir de laquelle notre public cible peut accéder aux programmes scolaires enseignés par des professionnels. »

Partout sur la planète, un foisonnement d’initiatives innovantes métamorphose peu à peu l’éducation. Avec la révolution numérique, qui transforme l’économie et la société dans son ensemble, la redéfinition de l’apprentissage et de l’enseignement est en train de se jouer. « Cette mutation implique une profonde réflexion sur le système éducatif. Tous les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) y travaillent, dans le cadre du projet Éducation 2030 », souligne Éric Charbonnier, analyste à la direction de l’Éducation et des Compétences de l’OCDE.

 

Apprendre à apprendre

Le défi est en effet majeur dans un monde où l’éducation constitue un moteur de croissance et de développement*. L’ONU en a fait l’un des 17 objectifs prioritaires pour le développement durable. Dans son Agenda 2063, l’UA estime que l'avènement d’une « Afrique prospère » exige « d’importants investissements dans le domaine de l’éducation, afin de développer son capital humain et social par une révolution de l’éducation et des compétences ». En Afrique comme partout dans le monde, on s’interroge en effet sur les nouvelles compétences à développer chez les jeunes. Au rythme des progrès exponentiels des technologies, les enfants scolarisés aujourd’hui vivront et travailleront dans un monde radicalement différent du nôtre. Le biologiste français François Taddei, cofondateur du Centre de recherches interdisciplinaires (CRI) à Paris, appelle à construire « une société apprenante capable d’évoluer en permanence ». Selon lui, « apprendre à apprendre, à interroger, à interpréter est sans doute l’enjeu majeur de l’éducation aujourd’hui ». Il devient crucial d’acquérir ces compétences transversales permettant aux individus de se préparer aux changements. Au cours des 15 à 20 prochaines années, le développement de l’automatisation pourrait conduire à la disparition de 14 % des emplois actuels, et 32 % supplémentaires sont susceptibles d’être profondément transformés, selon l’OCDE.

(*) « Creating a Learning Society - A New Approach to Growth, Development, and Social Progress », Joseph E. Stiglitz et Bruce C. Greenwald. Avec Philippe Aghion, Kenneth J. Arrow, Robert M. Solow et Michael Woodford. Columbia University Press , 2014.

 

 

 

 

 

 

L’Afrique adopte le mobile learning

Le numérique offre de nombreuses opportunités pour créer un environnement favorable à l’apprentissage autonome, à la créativité, à la coopération et à l’interaction. Tout d’abord, il est une carte maîtresse pour développer la démocratisation de l’accès à l’éducation. Ce n’est pas un hasard si l’Afrique, dont 50 % de la population a moins de 20 ans, s’est emparée de cette révolution numérique. Car, même si le continent a réalisé des progrès importants en matière de scolarisation dans le cycle primaire et au collège, quelque 50 millions d’enfants ne sont pas scolarisés, précise la Banque mondiale1. Et les disparités restent importantes entre les pays, entre zones rurales et urbaines, entre garçons et filles.
Comme l'a rappelé Frédéric Oudéa, directeur général de Société Générale, lors du sommet Women in Africa, en juin 2019 à Marrakech, il est impératif de favoriser l’entrepreneuriat féminin et le capital humain.
La Fondation d’entreprise Société Générale pour la solidarité soutient ainsi près de 100 projets africains dans 14 pays, notamment dans les domaines de l’éducation et de l’insertion professionnelle en luttant contre les discriminations.
Et lors du même sommet, Bruno Mettling, président d’Orange Afrique et Moyen-Orient, pointe le défi des infrastructures scolaires : « Il faudrait construire chaque année un million de classes pour satisfaire les besoins à venir en Afrique, compte tenu de sa démographie. C’est hors de portée… Il faut donc changer notre manière de penser, et adopter les outils numériques (…). Ce sera d’autant plus possible qu’aujourd'hui, déjà la moitié des Africains a accès à un téléphone mobile.»2

Le mobile learning – soit les services éducatifs via un appareil mobile connecté – est ainsi en pleine effervescence en Afrique, à l’initiative de grandes entreprises mais aussi de start-up et de partenariats entre ONG, États et acteurs du numérique. Ses atouts ? Offrir un accès à grande échelle à des contenus éducatifs à faibles coûts et avec une facilité de mise à jour ; assurer un soutien scolaire aux élèves ; améliorer la formation des enseignants ou encore pallier le manque de données pour la gestion du système éducatif. Les exemples sont légion. Au Kenya, l’application M-Shule propose des formations qui s’adaptent au rythme d’apprentissage de chaque enfant. L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) et Nokia développent le Primary Teaching Learning Program destiné à la formation continue à distance des professeurs. Dans neuf pays africains, la distribution de liseuses par l’ONG américaine WorldReader à 600 000 enfants a eu un impact positif sur la lecture et sur les résultats des enfants aux tests éducatifs. Au Nigeria, le Mavis Pen, un stylo numérique associé à un livre audio, est capable de lire l’enregistrement audio correspondant lorsque le stylo touche le texte ou les images du livre, et aide ainsi des milliers d’enfants à apprendre…

 

Des pédagogies innovantes

Certes, le mobile learning et, plus largement, les TICE (technologies de l’information et de la communication en éducation) ne résoudront pas seuls tous les problèmes de l’éducation en Afrique, au premier rang desquels le manque de ressources, d’infrastructures et d’enseignants, l’accès insuffisant des filles à l’éducation… Mais ces technologies, comme le souligne l’Agence française de développement (AFD), peuvent contribuer à transformer en profondeur les systèmes d’acquisition des compétences. Le numérique apparaît en effet comme un catalyseur pour renouveler le système éducatif en favorisant l’introduction de pratiques pédagogiques innovantes fondées sur des méthodes interactives, ludiques et réflexives.
Mais il n’est pas une fin en soi, comme le démontre clairement l’étude « Connectés pour apprendre », publiée en 2015 par l’OCDE. Le fait de remplir une école d’ordinateurs ou de tablettes n’améliore pas automatiquement les performances scolaires ! L’introduction du numérique doit se faire en cohérence avec les nouvelles pratiques et répondre à des finalités pédagogiques. « Les savoirs fondamentaux (langage, esprit critique, calcul) conservent leur pertinence, précise Catherine Becchetti-Bizot, inspectrice générale de l’Éducation nationale en France.
C’est leur transmission qui doit prendre de nouvelles formes, dans des espaces repensés et réarticulés autour de pratiques actives, collaboratives et de démarches de projets.»3 Initiée aux États-Unis dans les années 2000 et développée au Canada, la « classe inversée » est emblématique de ces pratiques qui changent le rôle des professeurs et le rapport à l’espace-temps de la classe. Les élèves apprennent les notions fondamentales hors de l’école, à la maison, dans un espace numérique de travail, et effectuent les exercices d’application en classe.
Point fort de cette approche : la disponibilité de l’enseignant pour favoriser les interactions pendant le cours et accompagner individuellement les élèves. Les initiatives de pédagogie active appuyées sur le numérique sont nombreuses. Citons, par exemple, le projet européen eTwinning, plateforme en ligne gratuite pour les enseignants qui permet aux établissements de 33 pays d’entrer en contact pour mener des projets pédagogiques à distance. Ou encore la Twictée, dispositif de dictée en ligne collaborative sur le réseau social Twitter créé par deux enseignants français, en train d’essaimer dans l’espace francophone.

(1) Rapport « Perspectives : l’école au service de l’apprentissage en Afrique », mars 2018. - (2) Africapressse, 28 juin 2019 - (3) Rapport « Repenser la forme scolaire à l’heure du numérique », mai 2017, Inspection générale de l’Éducation nationale, France.

“Le numérique apparaît comme un catalyseur pour renouveler le système éducatif en favorisant l’introduction de pratiques pédagogiques innovantes fondées sur des méthodes interactives, ludiques et réflexives.”

Des pays moteurs des changements

Si ces dispositifs innovants se diffusent désormais dans le monde entier, certains pays sont cependant moteurs des changements.
Et ils trustent généralement les meilleures places au classement du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’OCDE – la plus grande enquête au niveau mondial sur les compétences des élèves de 15 ans. « Des pays comme la Finlande, le Canada, Singapour, la Corée du Sud… ont chacun mis en oeuvre des réformes qui favorisent l’observation, l’expérimentation, l’apprentissage par essai-erreur, la coopération », souligne François Taddei. Ils investissent dans la recherche en éducation et dans la formation des enseignants. À Singapour, ceux-ci sont recrutés parmi les meilleurs diplômés et ont droit à 100 heures de formation par an. Les deux tiers des établissements scolaires hébergent des collectifs de recherche leur permettant de travailler sur les facteurs de réussite, d’améliorer leur pratique et de la partager.
À travers les Lesson studies, des groupes d’enseignants, au Japon, s’inspirent de cette approche pour définir ce que serait la séance idéale pour tel ou tel apprentissage. « La Finlande – pays devenu synonyme d’excellence en matière d’éducation – a fait de l’enseignement une carrière recherchée, avec un statut social élevé », observe Andreas Schleicher, directeur de la Direction de l’éducation et des compétences de l’OCDE.
Dans ce système scolaire très décentralisé, le professeur bénéficie d’une grande autonomie. Il est d’abord un tuteur qui guide l’élève et le stimule avec bienveillance. En Estonie, où les écoliers sont initiés à la programmation dès l’âge de 7 ans, l’effort est également porté sur la formation des enseignants. Car, comme le rappelle Margus Pedaste, professeur en technologie éducative à l’université de Tartu, « l’enseignement des compétences numériques se fait dans un contexte de renouvellement plus large du cadre d’apprentissage et de nouvelles méthodes pédagogiques ».

À l’inverse, la formation insuffisante des enseignants est l’un des points clefs qui expliquent le bilan en demi-teinte du « service public du numérique éducatif » lancé en 2013 en France. Dans leur grande majorité, les enseignants sont convaincus des bienfaits du numérique à l’école pour diversifier leurs pratiques pédagogiques. Dans le même temps, l’enquête Profetic de 2016 portant sur leurs pratiques en la matière montre que 51 % d’entre eux regrettent une formation insuffisante ou inexistante à l’utilisation pédagogique du numérique.

Les promesses de l’adaptative learning

Or, à l’heure où l’intelligence artificielle (IA) ouvre des possibilités inédites pour améliorer la connaissance, la qualité et le suivi des parcours d’apprentissage, le rôle des enseignants est plus que jamais décisif. Les avancées de l’IA vont entraîner le développement de systèmes d’adaptative learning (apprentissage adaptatif) capables de suivre l’implication et les progrès des élèves, d’adapter les contenus. « Les enseignants auront davantage de moyens et seront en mesure de répondre aux besoins de chaque type d’élève dans leur classe », assure Nandini Chatterjee Singh, chercheuse en neurosciences cognitives à l'Institut Mahatma Gandhi d’Éducation pour la paix et le développement (MGIEP) de l’Unesco.
La collecte des données des apprenants pose cependant d’importantes questions éthiques et juridiques. « Nous devons ajuster les cadres réglementaires existants ou en adopter de nouveaux (…) Il est important, également, de sensibiliser aux questions relatives à l’éthique de l’IA et de faciliter les débats qu'elles suscitent, la confidentialité et la sécurité des données (…) », insiste Borhene Chakroun, directeur de la division pour les politiques et les systèmes d’apprentissage tout au long de la vie à l’Unesco. L’organisation onusienne vient d’ailleurs de tenir une conférence internationale sur l’IA et l’éducation en mai 2019 à Pékin, dans un pays qui annonce la création de 50 centres de recherche sur ce thème, selon François Taddei.

« Quel type de futur souhaitons-nous dans nos écoles ? Des écoles où des entreprises technologiques sont responsables du recours à l’IA, ou plutôt des écoles où élèves et enseignants sont en mesure de poser des questions et d’influencer, de façon constructive, éclairée, responsable et éthique, notre avenir empreint de technologies », s’interroge Thierry Karsenti, professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal1.
À l’autre bout du monde, en Australie, Leslie Loble, secrétaire adjointe au ministère de l’Éducation des Nouvelles-Galles du Sud, ne dit pas autre chose quand elle invite les éducateurs à « garder la main ». « C’est aux enseignants et aux chefs d’établissement,(…) formés à cette fin, qu’il revient au premier chef de définir clairement la place de l’IA dans la salle de classe. Les élèves doivent aussi participer aux décisions (…) Leur avenir dépendra des politiques et des approches que nous adopterons aujourd’hui2

(1) « Intelligence artificielle en éducation : l’urgence de préparer les futurs enseignants aujourd’hui pour l’école de demain ? » in Formation et profession, 26 mars 2018. - (2) « Courrier de l’Unesco », 2018.

 

2 questions à Eric Charbonnier

 

L’introduction du numérique dans l’éducation fait-elle émerger de nouveaux équilibres entre le public et le privé ?

L’utilisation du numérique favorise l’émergence d’acteurs privés sur le marché de l’éducation. C’est une tendance que nous observons dans tous les pays de l’OCDE1.
Les acteurs sont divers : les éditeurs qui se diversifient en proposant des livres numériques ; les acteurs de l’informatique, comme Microsoft, pour les équipements ; les grands moteurs de recherche comme Google, lequel cherche à s’implanter dans les écoles comme on le voit, par exemple, au Japon ou en Corée. La concurrence est forte parmi ces acteurs et la situation pousse les États à réfléchir à ne pas favoriser la création de monopoles. De façon générale, les pouvoirs publics financent toujours une partie élevée de l’investissement dans l’éducation, mais le secteur privé prend de plus en plus d’importance à certains niveaux d’enseignement. Ainsi, dans l’enseignement supérieur, le privé assure près de 31 % en moyenne des dépenses totales dans les pays de l’OCDE2.
Car de nombreux gouvernements peinent à réunir les fonds nécessaires pour financer la massification de l’éducation à ce niveau. Les partenariats public-privé se développent dans un nombre grandissant de pays où des entreprises investissent dans la recherche et les équipements au sein des universités. Ce mouvement est marqué dans les pays anglo-saxons comme les États-Unis, le Canada, l’Australie, le Royaume-Uni, et dans des pays asiatiques comme le Japon et la Corée du Sud. Beaucoup d’entreprises participent au financement de filières universitaires avec l’idée d’embaucher ensuite les meilleurs diplômés.
Il s’agit pour elles de répondre à des besoins du marché du travail. Dans cette optique, par exemple, Xavier Niel, fondateur du Groupe Iliad, a créé en France, puis dans de nombreux autres pays, l’École 42, qui forme des développeurs dont les compétences en informatique sont très recherchées par les entreprises.

 

Le numérique va-t-il encourager un mouvement de privatisation dans l’éducation ?

La généralisation du numérique à l’école ne va pas nécessairement se traduire par un développement du privé si le secteur public de l’éducation propose une offre de qualité en mettant les outils numériques au service de pédagogies innovantes. En France, malgré la création en 2013 du « service public du numérique éducatif »3, les inégalités entre territoires persistent.
De nombreuses écoles défavorisées restent sous-équipées en matériel informatique. Dans ce cas de figure, le secteur privé peut avoir un rôle à jouer pour pallier les insuffisances de l'enseignement public. Mais ce n’est pas une fatalité. Ainsi, le cas du Royaume-Uni est intéressant : des charter schools – des écoles gérées par le privé mais bénéficiant de fonds publics – se sont développées en s’adressant plus particulièrement aux enfants défavorisés.
Cette concurrence a été bénéfique pour l’école publique, car elle a favorisé un renouvellement des politiques qui se sont attachées à développer la formation des enseignants et à offrir un environnement pédagogique de qualité.

(1) Organisation de coopération et de développement économiques. - (2) « Regards sur l’éducation 2018 », OCDE. - (3) Inscrit dans la Loi de refondation de l’école de la République du 8 juillet 2013.